Le recul se poursuit, sur fond de moral en berne
Un consommateur toujours sous tension
Le climat dans lequel s’inscrit le mois de mai n’incite pas à la dépense. La confiance des ménages a reculé de deux points pour s’établir à 82, son plus bas niveau depuis mars 2023, prolongeant la chute de cinq points enregistrée en avril. Surtout, l’indicateur le plus parlant pour l’optique reste mal orienté : l’opportunité de réaliser des achats importants a de nouveau perdu cinq points, signe que les ménages continuent de différer leurs dépenses reportables.
La consommation de biens a certes légèrement rebondi sur le mois (+0,5 % en volume selon l’INSEE), mais ce sursaut tient surtout aux dépenses courantes ; l’épargne de précaution, elle, reste à un niveau élevé. Autrement dit, l’argent est là, mais la confiance pour le dépenser en équipement optique manque toujours.
Le marché reste orienté à la baisse
Les données sell-out de GFK France confirment la tendance. Le marché de l’optique enregistre un chiffre d’affaires de 639,5 millions d’euros en mai, en recul de -6,1 % par rapport à mai 2025, soit 41,3 millions d’euros de moins sur un an. Le niveau mensuel paraît supérieur à celui d’avril (557,5 M€), mais cette progression est purement saisonnière : mai est traditionnellement un mois plus actif, et l’évolution sur un an, elle, reste fermement négative. Il s’agit du septième mois consécutif de contraction, un mouvement amorcé en novembre 2025.
Sur douze mois glissants, entre juin 2025 et mai 2026, le marché représente désormais 7,315 milliards d’euros, en baisse de -3,9 %. La pente du cumul annuel continue de s’accentuer, après -3,1 % le mois précédent : l’érosion n’est plus un accident ponctuel, elle s’installe dans la durée.
Toutes les catégories restent touchées
Le recul de mai concerne l’ensemble des familles de produits, mais la hiérarchie des baisses a légèrement bougé. Ce sont une nouvelle fois les montures optiques qui décrochent le plus, avec un repli de -9,0 % en valeur et de -6,5 % en volume. La catégorie cumule désormais -7,9 % depuis le début de l’année. Le prix moyen d’une première paire reste stable autour de 135 euros : la baisse traduit donc bien un fléchissement des volumes et du renouvellement, pas un simple arbitrage tarifaire.
Le solaire suit de près avec -8,2 % en valeur, et c’est sans doute le signal le plus préoccupant du mois : mai marque l’entrée dans la saison, censée porter la catégorie, or les volumes reculent de -9,7 %. La monture solaire, achat plaisir par excellence, fait clairement les frais des arbitrages de pouvoir d’achat.
Les verres correcteurs limitent davantage la casse, à -5,0 % en valeur. Dans le détail, les progressifs organiques de première paire reculent de -10,6 % et les unifocaux organiques de -13,6 %, pendant que le prix moyen total se maintient à 107 euros — là encore, l’effet vient du mix produit, qui glisse vers des références moins valorisées.
Les lentilles confirment leur rôle d’amortisseur
Dans ce paysage dégradé, les lentilles de contact restent la catégorie la plus solide. Leur recul se limite à -3,6 % en valeur sur le mois, et la baisse n’est que de -1,0 % sur douze mois glissants. La récurrence de l’achat et la fidélité des porteurs continuent de protéger ce segment des arbitrages brutaux que subissent la monture ou le solaire. Pour l’opticien, c’est le poste qui tient quand tout le reste vacille.
Un marché qui se polarise toujours plus
La tendance de fond se confirme : le marché se vide par le milieu. Les segments premium démontrent une nouvelle fois leur résistance. Dans les montures optiques, les références affichées au-delà de 300 euros progressent de +10 % en valeur sur la période observée ; dans le solaire, le haut de gamme fait encore mieux, à +15 %.
À l’inverse, les gammes intermédiaires se contractent. Le consommateur sensible au prix reporte ou renonce, tandis qu’une clientèle plus aisée maintient son niveau de dépense et privilégie les produits différenciants. L’écart se creuse, et c’est entre ces deux pôles que se joue désormais la stratégie d’assortiment de l’indépendant.
La percée et les montures légères tirent leur épingle du jeu
Le mix produit raconte la même histoire d’arbitrage. Alors que la plupart des types de montures reculent, la percée progresse de +3,6 % en valeur sur le marché optique, et jusqu’à +44,3 % en solaire — une performance à relativiser au regard de volumes plus modestes. Dans le même temps, le nylor poursuit sa chute, à -22,1 % en valeur sur les premières paires, et les montures métalliques se replient de -21,7 %. L’intérêt se déplace vers des montures légères, discrètes et techniques, où le confort et la sobriété priment.
Le digital poursuit sa progression sur les lentilles
Enfin, les lentilles de contact confirment la montée du canal internet. Les ventes en ligne progressent de +4,0 % en valeur quand les ventes en magasin reculent de -1,5 %. Le commerce en ligne pèse désormais près de 10 % de la valeur du marché des lentilles, et 13 % des volumes. Le message pour l’opticien est constant : les produits à renouvellement régulier restent les plus exposés à la concurrence digitale, et la valeur se concentre là où le conseil et l’accompagnement font la différence.
Ce que Lunettes Créateurs en retient
Mai ne corrige pas la tendance d’avril : il la prolonge.
Le rebond apparent du chiffre d’affaires n’est qu’un effet de calendrier, et le cumul annuel continue de se dégrader. La pression sur le pouvoir d’achat, le report des achats reportables, la montée du digital et la polarisation du marché redessinent durablement les équilibres du secteur.
Dans ce contexte, le levier de l’indépendant reste la création de valeur : collections différenciantes, expertise produit et expérience en magasin pèsent plus que jamais davantage que la seule logique de volume. Le marché ralentit, mais il continue de récompenser les acteurs capables d’une offre claire, cohérente et fortement identitaire.
Source : GFK Note Regard – Données sell-out France métropolitaine, mai 2026. Panel de 14 081 magasins. Contexte macro : INSEE (confiance et consommation des ménages, mai 2026).




